Mon avis sur notion face à evernote pour 200 fiches de lecture

Thaïs Garnier

mai 22, 2026

Mon écran brillait encore dans le noir, et Notion affichait mes 200 fiches comme un inventaire trop bien rangé. Entre mon bureau près d’Orléans, la maison déjà silencieuse et mon compagnon qui rangeait la cuisine, j’avais 1 heure devant moi, pas plus. Je ne voulais plus perdre mes soirées à réorganiser ce que j’avais déjà lu. Je vais dire clairement dans quels cas Notion fonctionne, et dans quels cas Evernote me semble plus utile.

Le jour où j’ai voulu tout remettre à plat

Je suis partie d’un vrai bazar. Mes 200 fiches de lecture dormaient dans plusieurs endroits, avec des titres qui se répétaient, des tags oubliés, et des citations que je savais avoir lues six mois plus tôt sans pouvoir remettre la main dessus. Avec mon enfant de 5 ans, des journées hachées et des soirs où je n’ouvre l’ordinateur qu’après le coucher, je ne pouvais pas me permettre un système qui me demandait 10 minutes de cérémonie avant chaque note. J’avais besoin de retrouver une idée pendant une pause de 12 minutes, pas de la chercher comme un dossier perdu.

J’ai regardé Notion et Evernote parce que je cherchais trois choses très simples : de la vitesse, une structure qui tienne dans le temps, et un garde-fou contre ma manie de tout peaufiner dès que je construis une base. Mon travail de rédactrice spécialisée en contenu business et finance pour médias en ligne m’a appris une chose, après 15 ans à trier des contenus denses : si l’outil me pousse à trop bricoler, je finis par écrire moins. Avec ma Licence en sciences économiques à l’Université d’Orléans, en 2010, j’ai aussi gardé ce réflexe de découper net les catégories, comme quand je range un sujet par blocs lisibles au lieu de le noyer dans des sous-dossiers.

J’ai écarté d’emblée le dossier de fichiers, Google Docs et le papier. Le dossier local me donnait une fausse impression d’ordre, puis je perdais le bon fichier au mauvais moment. Je n’avais pas envie de jongler entre mon portable et l’ordinateur du salon. Google Docs me paraissait trop plat pour 200 fiches, et le papier, avec mes trajets, mes allers-retours et les sacs qui s’entassent près de l’entrée, aurait fini dans une pile de feuilles jaunies. J’ai compris assez vite que mon vrai besoin, c’était moins de stocker que de retrouver sans friction.

Le premier soir, j’ai ouvert mes fiches sur l’écran et j’ai vu les mêmes métadonnées revenir partout : auteur, thème, date, niveau de relecture. J’étais face à deux options. Un outil qui m’aide à penser la structure, ou un outil qui m’occupe à penser la structure. À 22h11, avec une tasse de thé déjà froide à côté du clavier, j’ai senti que ce test allait trancher sur une seule chose très simple : ma capacité à écrire une nouvelle fiche sans m’embarquer dans une refonte .

Ce que Notion a rendu plus séduisant que pratique

Quand j’ai ouvert Notion, j’ai compris pourquoi tant de gens s’y attachent. Les blocs, les vues en galerie, les bases de données et les modèles donnent immédiatement l’impression qu’on peut tout organiser proprement. Pour mes 200 fiches, j’ai vite vu le charme d’un classement par auteur, par thème, par année de lecture et par niveau de relecture, avec une page de synthèse qui relie tout. Le système avait du panache, et je l’admets sans détour : j’ai eu envie de le rendre beau avant même de le rendre utile.

Là où Notion m’a vraiment séduite, c’est dans les propriétés de base de données. J’ai pu croiser des tags personnalisés, créer des relations entre fiches, filtrer par sujet, puis afficher une vue liée pour suivre les livres qui revenaient le plus dans mes notes. Pour quelqu’un qui veut construire une mémoire de lecture au lieu d’un simple empilement de résumés, c’est fort. Je voyais bien la logique de fond, presque comme dans une grille de classement de l’INSEE : si les catégories ne tiennent pas debout, tout se brouille. Et quand je voulais préparer une synthèse sur la pédagogie numérique, j’aimais retrouver d’un coup d’œil les notes liées à la même idée.

Mais c’est aussi là que ça a coincé. J’ai ajouté des champs pour l’humeur, pour l’utilité future et pour la longueur de la note, puis j’ai fini par me demander à quoi servait encore la fiche elle-même. J’ai perdu 27 minutes un mardi à revoir la hiérarchie des pages alors que j’avais juste prévu de saisir trois citations. C’est le truc que personne ne dit assez : la flexibilité totale pousse à multiplier les options, et chez moi ça déclenche un petit engrenage de perfectionnisme. Je me suis surprise à vouloir retoucher la mise en page d’une note déjà correcte, alors que j’aurais dû en écrire une nouvelle.

Sur mon ordinateur un peu lent, la promesse de fluidité s’est aussi fissurée. Dès que ma base grossissait et que les relations se multipliaient, l’ensemble devenait moins vif, avec une sensation de lourdeur dès l’ouverture de certaines pages. Rien de dramatique, mais assez pour casser l’élan quand je n’avais qu’un créneau court. Et quand je travaille tard, après une journée pleine, j’ai besoin d’un outil qui se fait oublier, pas d’un atelier permanent où chaque clic relance une microdécision.

Le point qui m’a fait changer d’avis, c’est ma propre discipline. Notion m’a donné l’envie de bien faire, mais il m’a aussi tendu un piège très banal : embellir l’architecture au lieu de nourrir le contenu. Après 40 articles par an et des années à remettre de l’ordre dans des sujets techniques, je sais reconnaître le moment où la structure devient une excuse élégante pour ne pas avancer. Et là, je l’ai vu très clairement : j’étais plus occupée à réfléchir à mes fiches qu’à mes fiches elles-mêmes.

Evernote m’a moins fait rêver mais m’a fait avancer

Evernote m’a paru banal à côté de Notion, et c’est précisément pour ça qu’il m’a rassurée. L’interface ne cherche pas à me flatter, elle va droit au carnet numérique, rapide à ouvrir, stable, sans m’inciter à refaire le décor tous les deux jours. Quand je voulais juste attraper une idée pendant un trajet ou retrouver une note au milieu d’une fin de journée chargée, cette sobriété me convenait mieux. Je n’ai pas eu ce petit vertige de construction, et franchement, ça m’a soulagée.

Pour mes 200 fiches, la recherche plein texte a fait une vraie différence. Je pouvais taper une expression, retrouver une citation, reprendre un résumé ancien sans reconstruire toute l’architecture autour. Les carnets, les étiquettes et le web clipper m’ont suffi pour classer proprement mes lectures sans me perdre dans des relations trop ambitieuses. J’ai aimé pouvoir garder un extrait d’article, une référence de livre et un commentaire personnel au même endroit, puis remettre la main dessus en quelques secondes. C’est là que j’ai compris qu’un outil de notes doit d’abord me rendre la mémoire plus rapide, pas plus jolie.

J’ai pourtant essayé, au début, de lui faire jouer le rôle de Notion. Mauvaise idée. J’ai voulu reproduire des pages imbriquées, des sous-catégories et des logiques de suivi trop fines, puis j’ai fini par perdre du temps à forcer un cadre qui n’était pas le sien. Au bout de trois soirées, j’ai lâché l’affaire et j’ai simplifié : un carnet par grande famille, des étiquettes courtes, et basta. Le résultat était moins spectaculaire, mais beaucoup plus vivant à l’usage.

Le soir où j’ai retrouvé une vieille note au milieu d’un aller-retour pour récupérer mon enfant, j’ai vu la différence très nettement. J’étais garée devant l’école, moteur coupé, cinq minutes d’attente devant moi, et j’ai remis la main sur une citation utile sans rouvrir dix onglets. C’est un détail minuscule, mais c’est lui qui compte dans la vraie vie. Quand je suis fatiguée, je ne veux pas admirer l’outil, je veux qu’il me rende ma note tout de suite.

J’ai aussi gardé une limite nette dans ma manière de m’en servir. Dès qu’une fiche touche à la santé, à l’enfant ou à un sujet juridique, je ne traite pas la note comme une vérité : je recoupe et, si le point demande un avis spécialisé, je m’arrête là. Je fais la même chose avec les sources que je croise dans mon travail : l’INSEE pour cadrer les ordres de grandeur, la Banque de France quand le sujet touche à l’économie réelle, et pour le reste je vérifie avant de relayer. Evernote m’aide à classer, pas à valider le fond.

Ce qui m’a convaincue, au fond, c’est qu’Evernote réduit le bruit. Il me laisse moins de place pour me raconter que je construis un système parfait, et plus de place pour lire, extraire, puis passer à la fiche suivante. Je préfère cette discipline-là. Elle n’a rien de séduisant à l’écran, mais elle tient quand la journée s’étire, quand la maison se calme, et quand je n’ai plus l’énergie de réinventer ma méthode.

Si j’étais à ta place, je ne choisirais pas le même outil selon le profil

Si je veux construire un vrai système de réflexion sur le long terme, avec des liens entre fiches, des tableaux de suivi et une vue d’ensemble très travaillée, je peux encore défendre Notion. Je le garde en tête pour quelqu’un qui accepte de consacrer du temps à la mise en place et qui sait poser des limites dès le départ, sinon la machine à tout organiser finit par grignoter le temps d’écriture. Pour une personne qui relit ses notes par blocs, qui aime les passerelles entre thèmes et qui supporte de passer 25 minutes à régler un espace de travail, Notion a du sens.

Si je veux surtout écrire vite, archiver proprement et retrouver une fiche précise en quelques secondes, je choisis Evernote sans hésiter. C’est le bon outil pour une journée coupée en deux, avec un travail à distance, des obligations familiales et des séances de 15 minutes entre deux tâches. Je le trouve aussi plus rassurant pour quelqu’un qui a déjà 200 fiches et qui ne veut plus perdre d’énergie à redessiner le plan de sa bibliothèque. Je préfère alors la simplicité nette au bel agencement qui réclame trop d’attention.

Je déconseille franchement Notion à la personne qui aime bricoler ses systèmes plus que produire ses notes. Si elle passe son temps à changer les colonnes, les couleurs, les vues et les relations, elle va y laisser ses soirées, et je parle ici en connaissance de cause. Je déconseille aussi Evernote à celle qui veut un espace très visuel, très relationnel, presque cartographié comme un second cerveau, parce qu’elle va vite trouver l’outil trop plat. Dans ce cas, je préfère qu’elle aille vers un autre cadre plutôt que de forcer Evernote à devenir ce qu’il n’est pas.

Si je recommençais depuis zéro, je partirais sur Evernote pour tenir la cadence, puis j’ajouterais ailleurs seulement ce qui mérite une vraie structuration. C’est ma logique de travail depuis plusieurs années : garder l’outil qui protège ma constance, pas celui qui flatte mon envie de tout ajuster. Et quand je sais que je vais enchaîner lecture, extraction et rédaction dans la même soirée, je choisis la solution qui me laisse les mains libres.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

POUR QUI OUI : je mets Notion dans les mains d’une freelance ou d’une étudiante qui gère déjà 200 fiches, qui aime les liens entre sujets et qui accepte de passer une vraie session de mise en place. Je le vois aussi pour un profil qui travaille par gros blocs d’1 heure, qui aime les vues en galerie et qui veut un espace de réflexion presque architectural. Je le garde pour quelqu’un qui accepte de renoncer au décor parfait dès que le système est en place.

POUR QUI OUI : je garde Evernote pour un parent qui jongle avec un enfant de 5 ans, des journées coupées, et des créneaux de 15 minutes pour lire et noter. Je le trouve bien meilleur pour une personne qui veut retrouver une citation, classer une fiche et repartir sans ouvrir un chantier de rangement. Je le préfère aussi pour un budget temps serré, quand chaque minute compte et que la priorité reste d’écrire.

POUR QUI NON : je déconseille Notion à la personne qui sait déjà qu’elle se laisse embarquer par le design de ses systèmes. Si elle aime modifier les champs plus que relire ses notes, elle va se perdre dans son propre tableau de bord. Je déconseille aussi Evernote à celui ou celle qui veut une carte mentale riche, des relations profondes entre concepts et une mise en scène très visuelle des lectures.

Mon verdict : je choisis Evernote pour mes 200 fiches de lecture, parce qu’il me fait écrire au lieu de me retenir dans la cuisine des réglages. Notion me séduit encore, surtout quand je pense à la clarté que j’aime dans mes dossiers de travail et dans des repères comme l’INSEE ou la Banque de France, mais pour mon usage réel, je veux un outil qui accepte mes soirées fatiguées près d’Orléans et ma contrainte de mère d’un enfant de 5 ans. Pour quelqu’un qui accepte de sacrifier un peu de beauté de système pour gagner en tenue et en vitesse, je prends Evernote sans me retourner.

Thaïs Garnier

Thaïs Garnier publie sur le magazine UNCBPT des contenus consacrés aux livres, aux formations et aux ressources utiles pour mieux comprendre le business, la finance et les méthodes de progression. Son approche repose sur la sélection de repères pertinents, la synthèse d’idées fortes et la mise en clarté de contenus pensés pour aider le lecteur à apprendre et à avancer.

LIRE SA BIOGRAPHIE

Articles en lien