Ce que The Psychology of Money de Morgan Housel m’a appris sur mes émotions en combattant mon biais d’ancrage

Thaïs Garnier

juin 9, 2026

Sur mon écran, le rouge du portefeuille a pris toute la place, et mon doigt est resté au-dessus du bouton vendre pendant 12 minutes. L’action achetée six mois plus tôt affichait -une petite partie, et je fixais encore mon prix d’entrée comme s’il pouvait me protéger. En lisant The Psychology of Money de Morgan Housel, j’ai été convaincue que le vrai sujet n’était pas le gain, mais ma capacité à encaisser la turbulence. Depuis près d’Orléans, je suis partie relire ce passage avec une gêne nette, parce que le biais d’ancrage me tenait plus fort que je ne l’admettais.

Je n’étais qu’une lectrice accrochée à ses chiffres, sans voir ce que ça me coûtait

En tant que Rédactrice spécialisée en contenu business et finance pour médias en ligne, j’ai passé 15 ans à ranger des idées bancales dans des textes clairs. Ma Licence en Sciences Économiques (Université d’Orléans, 2010) m’a donné les bases, mais pas le recul sur mes propres réactions d’investisseuse. Je travaille près d’Orléans, et mes journées se découpent entre mes articles, les horaires de l’école, et mon enfant de 5 ans qui réclame un dessin au pire moment. Le soir, je n’avais pas l’énergie d’analyser un portefeuille pendant une heure, alors je m’accrochais à mon prix d’achat comme à une béquille, et j’étais sûre de moi quand tout montait. Au début, j’ai douté de cette lecture, persuadée que mon prix d’entrée restait un vrai repère. J’ai mis du temps à saisir qu’il ne disait rien de la solidité réelle de ma décision.

Je regardais mon appli trois fois par jour, par moments avant même d’avoir fini mon café. Le chiffre d’entrée me collait à la tête, comme une étiquette impossible à décoller. J’ai hésité à vendre dès les premières secousses, puis je me suis raconté que tenir bon prouvait ma discipline. En pratique, je n’avais surtout pas envie d’admettre une erreur.

J’avais déjà lu des articles et écouté deux podcasts, sans voir que je mélangeais chance et méthode. Je notais les repères de l’INSEE pour garder le sens des proportions, et je relisais les fiches de la Banque de France quand le mot épargne de précaution revenait dans ma tête. J’ai eu du mal à accepter que mon ancrage portait sur un prix, pas sur la qualité réelle de ma décision. Mon travail de Rédactrice spécialisée en contenu business et finance pour médias en ligne m’a appris à couper le bruit, pas à le nourrir.

Le jour où la baisse m’a serré la gorge

Un mardi de novembre, au réveil, le rouge de l’écran m’a sauté au visage. Le bruit sec de la notification a coupé le silence de la cuisine, et ma gorge s’est serrée d’un coup. Ma main est restée au-dessus du bouton vendre, immobile, puis j’ai rouvert l’application encore une fois. Pendant 12 minutes, j’ai regardé ce -une petite partie comme si le chiffre allait se justifier tout seul.

À la pause déjeuner, je n’avais plus faim. Mon enfant de 5 ans a même demandé pourquoi je répondais si sèchement, quand les chiffres rouges me tendaient déjà les épaules. Le soir, je tournais dans le lit, et le moindre bip me remettait la même crispation dans les épaules. J’ai fini par comprendre que perdre une petite partie me faisait plus mal que gagner une petite partie ne me calmait.

J’ai aussi commis l’erreur d’acheter plus agressivement après une série de cinq séances vertes. J’étais sûre de moi, et j’ai confondu chance et compétence pendant quelques jours, un mélange très net de biais d’ancrage et de comparaison sociale. La première baisse m’a presque fait vendre dans la foulée, alors que la thèse d’achat n’avait pas changé. J’avais fixé un objectif irréaliste en regardant le rendement d’une inconnue sur un forum, et cette comparaison m’a laissée frustrée plusieurs semaines.

Le plus pénible, c’était ce réflexe de rouvrir l’application pour vérifier encore une fois. J’ai compté jusqu’à huit ouvertures dans la journée, et chaque notification me tendait les épaules avant même que je lise le chiffre. Le vrai basculement est venu quand mon portefeuille a rendu d’un coup une partie de ses gains, sans qu’une ligne de fond ait bougé. J’ai été frappée par la douleur, plus forte que prévu, alors qu’aucune perte fondamentale n’avait changé le décor, et je me suis sentie ridicule, puis fatiguée.

Le soir où Morgan Housel a mis des mots sur mon blocage

Un soir, vers 23 h 18, j’ai relu le passage de Morgan Housel sur le prix d’achat, dans le calme complet de la maison. Le livre a fait un geste très simple, mais j’ai été frappée par sa précision : rester accrochée à un niveau d’entrée ne dit rien de la qualité d’un actif. Je me suis retrouvée face à ce que je refusais de voir depuis des jours, et j’ai été convaincue que mon problème tenait moins au marché qu’à mon regard. Je suis partie relire le chapitre entier, puis je l’ai laissé ouvert sur la table, à côté de la tasse froide.

Le lendemain, j’ai pris un petit carnet bleu et j’ai noté chaque montée d’angoisse pendant 11 jours. J’ai vite vu que mes heures vulnérables étaient le réveil et la pause déjeuner, pas le soir après le dîner. Je suis devenue plus rigoureuse sur mes horaires, et j’ai fixé deux créneaux pour consulter mon compte. Le bruit de notification du courtier a disparu de mon téléphone, et ce silence m’a rendue plus calme; j’ai commencé à écrire, en marge, comportement d’abord, rendement ensuite.

Ce que je garde et ce que je ne refais plus

Quelques semaines plus tard, une baisse de une petite partie m’a moins retournée que la chute de une petite partie du début. La différence n’était pas le rendement, c’était la place que je laissais au bruit dans ma tête. Mon matelas de sécurité couvrait 6 mois de dépenses, et ce seul chiffre m’évitait déjà de regarder chaque variation comme une alerte rouge. Je gardais en tête les repères de l’INSEE sur les budgets des ménages, parce qu’ils me rappellent que la marge de manœuvre n’est jamais abstraite.

Mon travail de Rédactrice spécialisée en contenu business et finance pour médias en ligne m’a appris que la clarté passe par des bornes simples. Depuis mes 15 ans de métier, je sais que je lis mieux un dossier quand je coupe le bruit autour. Pour mon portefeuille, j’ai gardé la même logique, avec moins de comparaisons et moins de gestes inutiles. Je ne cherche plus à battre le marché à tout prix, parce que je n’ai pas le tempérament pour vivre au rythme de chaque variation.

Je ne referais pas l’erreur de me fixer sur un prix d’achat comme sur une vérité sacrée. Je ne referais pas non plus ces vérifications à répétition, qui m’ont vidée pour rien. J’ai galéré à comprendre que l’aversion à la perte ne disparaît pas parce qu’on connaît son nom. Elle se travaille, puis elle revient dès que les écrans virent au rouge.

Pour quelqu’un qui accepte de regarder son tempérament en face et de ne pas courir après chaque hausse, The Psychology of Money m’a paru très utile. Pour un portefeuille précis, je laisse le relais à un conseiller en gestion de patrimoine, parce que je ne donne pas de conseil financier personnalisé. Moi, j’en ai retenu un bilan simple : ce livre m’a fait voir que la vraie bataille se joue dans le comportement, pas dans la chasse au rendement. Quand je le referme, je pense encore à Morgan Housel et à cette ligne rouge, mais je la regarde moins comme un verdict que comme un test de sang-froid.

Thaïs Garnier

Thaïs Garnier publie sur le magazine UNCBPT des contenus consacrés aux livres, aux formations et aux ressources utiles pour mieux comprendre le business, la finance et les méthodes de progression. Son approche repose sur la sélection de repères pertinents, la synthèse d’idées fortes et la mise en clarté de contenus pensés pour aider le lecteur à apprendre et à avancer.

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