Je suis Thaïs Garnier, rédactrice spécialisée en business et finance, et le Leuchtturm1917 est resté ouvert sur mon bureau près d’Orléans, entre Blue Ocean Strategy, The Innovator’s Dilemma et mon stylo noir. La soirée sentait le café froid dans un mug ébréché de 33 cl. Après le deuxième chapitre, j’ai noté ma première entrée dans la table des matières et j’ai compris tout de suite que je n’étais plus face à un simple carnet.
J’ai commencé sans méthode, puis j’ai posé un cadre
J’ai testé le carnet pendant 4 soirées, avec trois livres ouverts et une lampe LED 4 000 K qui éclairait mal le bord droit du bureau. J’ai travaillé après avoir couché mon enfant de 5 ans, quand la maison retombait enfin au calme. Ce rythme m’a permis de relire sans me presser, et de voir ce qui tenait vraiment.
Avant d’ouvrir le carnet, j’attendais une seule chose : retrouver une idée en moins d’une minute. En 15 ans de rédaction business et finance, j’ai appris qu’un support n’est utile que s’il me fait gagner du temps au moment de relire. J’ai aussi gardé en tête ma Licence en Sciences Économiques à l’Université d’Orléans, obtenue en 2010, parce qu’elle m’a appris à classer proprement un raisonnement. Cette habitude me sert encore quand je croise des données de l’INSEE ou de la Banque de France.
J’ai suivi un protocole simple. J’ai utilisé les pages numérotées, rempli la table des matières au fil de l’eau et noté une idée par ligne. Au bout de la première soirée, j’avais déjà 3 rubriques posées, dont une sur la structure et une sur les renvois. J’ai aussi noté les pages 12, 17 et 38 pour vérifier si je pouvais revenir vite sur un passage précis.
Je n’ai pas cherché à écrire joliment. J’ai cherché à écrire retrouvable. Mon vrai critère était simple : si je ne pouvais pas remettre la main sur une idée en 60 secondes, le système ne me servait pas assez. J’ai donc abrégé mes titres, par moments en 2 mots, pour garder une recherche rapide le lendemain.
La table des matières a changé mon usage
Après le deuxième chapitre, j’ai ajouté ma première ligne dans la table des matières avec le numéro de page. Le geste semblait banal, mais il a changé ma façon de lire. Je suis passée d’un carnet libre à un support que je pouvais interroger, presque comme une base de connaissances manuelle. J’ai relu la ligne une seconde fois juste pour vérifier que j’avais bien lancé la mécanique.
Deux semaines plus tard, j’ai voulu retrouver une idée sur la structure d’un chapitre du troisième livre. J’ai retrouvé le passage en 22 secondes, chrono mental compris, grâce aux pages numérotées et à la table des matières. Sans repère, j’aurais feuilleté bien plus longtemps. Là, j’ai repris ma note sans repartir de zéro.
J’ai aussi vu la limite très vite. Le soir où j’ai laissé 3 pages sans entrée, le carnet est redevenu flou. J’ai dû revenir en arrière pour retrouver une notion, et j’ai compris que la table des matières n’a de valeur que si je la nourris pendant la lecture. C’est précis, mais ça demande de la régularité.
Le papier m’a rappelé ses limites
J’ai attaqué le papier 80 g/m² avec une plume trop humide, et le résultat m’a sauté aux yeux à contre-jour. Le ghosting apparaissait vite sur le verso. Sur une page déjà dense, le texte devenait lisible avant même que je tourne la feuille. Je n’ai pas trouvé ça dramatique, mais je l’ai vu sans effort.
J’ai ensuite essayé un stylo bille plus sec, puis un fineliner plus fin, toujours sur le papier crème du carnet. Le trait est devenu plus net, et mes titres ressortaient mieux. Le papier crème m’a aussi aidée à repérer plus vite les entrées de la table des matières. En revanche, il faisait ressortir les zones surchargées sans pitié.
J’ai testé un feutre plus humide sur une ligne surlignée à la hâte, et l’encre s’est vue derrière la feuille. Le verso est devenu moins exploitable presque tout de suite. Une autre fois, j’ai refermé le carnet trop tôt, puis j’ai retrouvé une trace de transfert sur la page d’en face quand je l’ai rouvert 3 minutes plus tard. Le problème venait de mon impatience, pas du carnet.
Le détail qui m’a le plus marquée, c’est que le Leuchtturm1917 m’a obligée à choisir mon stylo avec soin. Un carnet premium ne compense pas une plume trop large. J’ai vu la différence entre une page propre au bille et une page saturée au plume. C’est un réglage concret, pas un argument de marque.
Ce que j’ai gardé, ce que j’ai évité
Au départ, j’ai fait ce que je fais quand je suis pressée : j’ai voulu écrire vite et beaucoup. Résultat, une plume trop large, un surligneur trop humide et une page fatigante avant la fin du paragraphe. J’ai compris que la promesse du carnet dépendait plus de ma méthode que de la couverture rigide. Ce n’était pas très propre, mais c’était utile pour voir la limite exacte.
Après ce raté, j’ai réduit la densité. J’ai réservé le carnet aux cadres de lecture, pas aux passages copiés en continu. J’ai gardé une idée par ligne, sans surcharge ni commentaire inutile. Comme je le fais pour certains dossiers de travail, j’ai classé mes notes avec des repères clairs. Avec ce tri, mes relectures sont devenues plus rapides et moins hésitantes.
Le format A5 m’a aidée dans la vraie vie, surtout posé sur mon bureau. J’ai pu l’ouvrir presque à plat après 2 soirées de rodage du dos. Je n’ai pas eu besoin de maintenir les pages avec la main pendant toute la session. Pendant mes lectures du soir, ce confort comptait plus que je ne l’aurais cru.
Je n’ai pas gardé ce carnet pour tout. Si je veux multiplier les annotations lourdes, surligner plusieurs lignes d’affilée ou écrire au stylo plume très humide, je bascule vers un support plus tolérant. Je n’ai pas poussé le test jusqu’à 24 pages d’affilée, donc je ne prétends pas couvrir tous les styles d’écriture. Pour cet usage précis, le carnet tient bien son rôle si je respecte ses limites. Pour quelqu’un qui veut tout encaisser sans adapter son stylo, je dirais non.
Mon bilan après 3 livres de stratégie
Au bout de ce test, j’ai gardé un seul carnet pour 3 livres de stratégie sans me sentir débordée. Les pages numérotées m’ont fait gagner du temps, et la table des matières tenue au fil de l’eau a vraiment changé ma façon de relire. Je savais où était chaque notion, sans feuilleter au hasard. C’est là que le Leuchtturm1917 A5 a pris sa vraie place chez moi.
Je n’ai pas minimisé les limites. Le papier montre vite le ghosting avec une plume trop humide, le verso se dégrade dès qu’un surligneur passe trop vite, et l’encre fraîche peut marquer si je ferme le carnet trop tôt. Je sais aussi que ce résultat tient à ma discipline. Je ne le généralise pas au-delà de mon usage.
Mon verdict est simple : oui pour quelqu’un qui accepte de noter au fil de l’eau et de choisir un stylo plus sec. Non pour quelqu’un qui veut tout écrire, tout surligner et tout relire sans se poser de question. Moi, je l’ai gardé pour mes notes de fond, et je m’en sers comme d’un support de travail propre, pas comme d’un simple cahier.


