Mon avis après 6 réunions dans un club de lecture d’entrepreneurs

Thaïs Garnier

mai 20, 2026

Je m’appelle Thaïs Garnier, je suis rédactrice spécialisée en business et finance depuis 15 ans, et je vis près d’Orléans. J’ai testé ce club un mardi soir, dans un café de la rue de Bourgogne, avec un espresso déjà tiède qui a fini froid avant la fin du tour de table. Dès la deuxième séance, j’ai compris que le livre servait surtout de prétexte à des échanges sur les boîtes, les marges et les problèmes de vente. J’ai voulu savoir si le format tenait mieux qu’un afterwork de Startup Grind. Mon verdict est simple : oui, mais seulement pour un groupe préparé.

Ce que j’ai cherché au départ, et ce que j’ai vraiment trouvé

Au départ, je cherchais un format court, régulier, autour d’un livre de business qui fasse gagner du temps. En 15 ans de travail rédactionnel près d’Orléans, j’ai vu assez de réunions molles pour ne plus supporter les soirées où chacun parle de lui pendant 1 heure 30. Avec ma Licence en Sciences Économiques de l’Université d’Orléans, obtenue en 2010, j’ai aussi un réflexe simple : je veux un cadre qui transforme une idée en arbitrage concret. L’INSEE me sert de repère quand je trie les signaux, et la Banque de France me rappelle que les chiffres pèsent plus lourd que l’ambiance.

Avant d’entrer dans ce club, j’avais regardé trois options. L’événement réseau me promettait des cartes de visite, la masterclass ponctuelle me donnait une dose de théorie, et la lecture seule m’évitait les egos, mais elle me laissait face à mes notes. J’ai choisi le club parce que j’espérais un rythme léger, plus proche d’un rendez-vous de travail que d’une conférence. Avec mon enfant de 5 ans, je n’avais pas envie d’une soirée qui déborde, surtout quand je dois rentrer avant le bain et préparer le lendemain.

Le choc est venu dès les deux premières réunions. J’ai vu des téléphones posés à plat sur la table, des pages pliées en coin, et une chaise qui grinçait près de la baie vitrée pendant que le groupe s’installait. Le vrai sujet n’était déjà plus le livre, mais l’animation. Quand 4 personnes sur 12 ont pris la parole sans note, j’ai senti la séance retomber d’un cran. J’ai compris que le niveau de préparation comptait plus que le titre du chapitre.

Le jour où quelqu’un a sorti une page cornée sur le pricing pour défendre son panier moyen, j’ai compris que le club pouvait devenir utile ou inutile en une seule phrase. À ce moment-là, la discussion a cessé de tourner autour du livre pour toucher une vraie marge. Si la personne en face vient avec un cas précis, je reste. Si elle vient juste pour parler de son activité, je décroche, et pour une trésorerie trop fine je laisse vite la main à un expert-comptable.

Là où ça marche vraiment, et là où ça coince

Là où ça marche, c’est quand le groupe tient en 8 personnes et qu’une seule question guide la séance. Le tour de table reste court, chacun parle pendant 4 minutes, et le passage du livre à la décision se fait sans détour. J’aime aussi quand le thème du jour vise un point net, comme la relance commerciale ou le recrutement, parce qu’alors le livre sert de prétexte à un arbitrage réel. Dans ces conditions, je repars avec 2 idées notées sur mon téléphone, pas avec 15 phrases floues.

Le détail technique qui change tout, c’est le cadrage du modérateur. Quand il coupe les détours au bout de 4 minutes, la séance garde son nerf, et je sens que le livre sert encore d’outil, pas de décor. L’autre finesse, c’est la reformulation. Une phrase sur le pricing doit revenir en arbitrage de marge, une idée sur le management doit finir en recrutement, une remarque sur l’acquisition doit déboucher sur un test la semaine suivante. Sans cette traduction, je n’achète pas l’intérêt du club.

Là où ça coince, je l’ai vu quand le groupe a laissé la discussion partir sur des anecdotes au bout de 30 minutes. Il y a eu un blanc après une question simple, un silence long, puis quelqu’un a raconté une histoire perso qui n’avait presque rien à voir avec le chapitre. À ce stade, j’avais l’impression de faire du bavardage premium, et ce n’est pas une sensation que je cherche dans un club de lecture. Quand le cadre manque, les plus bavards prennent tout l’espace et les autres se déconnectent en regardant leur écran.

La dérive autopromo m’a aussi refroidie. Quand entrepreneur devient un mot commode pour pitcher son offre, parler de sa levée de fonds ou glisser une carte mentale de son activité, le livre disparaît derrière le marketing personnel. Le club a mélangé lecture, networking et vente, et c’est là que la tension est retombée. J’ai changé d’avis à ce moment-là, parce que la confiance baisse vite dès que je comprends que tout le monde filtre ses phrases pour vendre un peu.

Les formats les plus nets durent 45 minutes. J’ai aussi vu des séances de 1 heure 15, mais elles dérapent plus vite. Quand je vois 12 personnes autour de la table, je sais déjà que 4 prendront la parole vraiment, et que le reste suivra en silence. La cadence marche mieux quand elle revient tous les 21 jours, parce qu’au bout de 35 jours je sens déjà la mémoire collective se trouer. Depuis, j’apprécie les groupes qui imposent 2 notes minimum et un seul chapitre, car la séance perd moins de matière en route.

Après six séances, mon jugement a changé

Le basculement s’est produit entre la 3e et la 4e réunion. Soit le groupe produisait déjà des retours concrets, soit je voyais très vite que personne n’avait vraiment lu et que la dynamique plafonnait. Dans mon cas, j’ai eu les deux scènes, à quelques semaines d’écart. Le jour où trois personnes ont sorti une note sur leur téléphone et un surlignage précis pour dire que le passage sur le pricing leur avait servi, j’ai senti le niveau monter d’un cran.

La surprise positive, je ne l’attendais pas sur un livre que je trouvais trop théorique. Quand un membre a relié un chapitre à sa trésorerie, un autre à une marge trop serrée, et un troisième à un recrutement raté, le texte a pris une forme nouvelle. J’ai vu un passage sur le management servir à décider d’un test de process, pas juste à commenter un style de leadership. Mes années d’étude en économie m’ont aidée à voir ce basculement, parce que la bonne question n’était pas : qu’est-ce que dit le livre ? mais : qu’est-ce que je change lundi ?

Après six séances, j’ai gardé un critère simple : le club ne vaut pas le livre, il vaut le passage du livre à la décision. J’ai entendu des phrases nettes, comme je change mon process de relance lundi ou je coupe mon prix d’entrée et je teste autre chose. Là, je sais que le groupe n’a pas seulement commenté, il a déplacé une ligne de conduite. Quand quelqu’un a dit qu’il allait changer son process de relance dès le lundi, j’ai su que le club avait enfin quitté le bavardage premium.

Je garde quand même une réserve. Je ne sais pas si ce niveau de tension tient dans toutes les villes, ni si le même livre produirait la même énergie avec d’autres profils, et je ne prétends pas le faire croire. Je vois juste que, dans ce format, la valeur vient de l’exécution, pas du prestige du titre. Quand le cadre tient, je repars avec une idée testable ; quand il se relâche, je perds mon temps et je le sens dès la sortie.

À qui je le recommande, à qui je le déconseille

Pour qui oui

Je le garde pour un solo founder qui accepte une cotisation mensuelle de 20 euros, lit vraiment le chapitre et vient avec 2 notes. Je le garde aussi pour un duo de cofondatrices ou de cofondateurs qui veut tester un pricing, un recrutement ou une relance commerciale, parce que le format leur donne un angle immédiat. Je le garde enfin pour quelqu’un qui aime les petits groupes de 8 personnes et qui préfère une séance de 45 minutes à un événement qui se dilue dans les apartés.

Je le vois bien pour une personne qui cherche une discussion utile, pas une vitrine. Si le lecteur arrive préparé, accepte de reformuler une idée en décision, et peut remettre une action sur la table dès la semaine suivante, je trouve que le club prend du sens. Je le préfère aussi à une soirée LinkedIn déguisée, parce que le cadre force à lire et à écouter avant de parler.

Pour qui non

Je le laisse de côté pour quelqu’un qui vient surtout pour rencontrer du monde, vendre discrètement son activité ou parler de sa propre actualité. Je le laisse aussi à une personne qui participe une séance sur 3, parce que la continuité s’effondre vite et la confiance avec elle. Dès que la lecture, le networking et la vente se mélangent, j’ai vu la discussion se tasser et les gens se protéger.

Je ne le conseille pas non plus à un groupe de 12 personnes où 4 parlent et 8 regardent leur écran. Je ne le garde pas pour quelqu’un qui n’aime ni prendre des notes ni préparer un chapitre avant de venir, parce que la séance perd alors sa matière en quelques minutes. Mon verdict : je referais ces 6 réunions seulement dans un groupe serré, avec 45 minutes, une question unique et 2 notes minimum, parce que là je sais que le temps sert une décision. Pour quelqu’un qui accepte de lire avant la séance, de parler moins et de tester une idée dès la semaine suivante, je trouve ce club plus utile qu’un networking LinkedIn déguisé ou qu’un passage à Startup Grind.

Thaïs Garnier

Thaïs Garnier publie sur le magazine UNCBPT des contenus consacrés aux livres, aux formations et aux ressources utiles pour mieux comprendre le business, la finance et les méthodes de progression. Son approche repose sur la sélection de repères pertinents, la synthèse d’idées fortes et la mise en clarté de contenus pensés pour aider le lecteur à apprendre et à avancer.

LIRE SA BIOGRAPHIE

Articles en lien